Bonhoeffer: Ne pas dire du mal des autres! (ne pas juger…)

Une règle essentielle de toute vie chrétienne communautaire est donc que chacun s’interdise de prononcer la moindre parole dite en cachette sur le frère. Le moyen qui est souvent le plus efficace de combattre nos pensées nuisibles, c’est de leur refuser absolument de s’exprimer en paroles. […]

Là où l’on observe dès le début cette discipline de la langue, chacun en particulier pourra faire une découverte incomparable. Il pourra cesser de tenir sans cesse à l’œil son prochain, de le juger, de le condamner, de le remettre à sa place et ainsi de faire pression sur lui. Il peut enfin laisser le frère entièrement libre tel que Dieu l’a placé en face de Lui. Le regard s’élargit et il reconnaît pour la première fois avec étonnement, à propos de ses frères, la richesse et la splendeur des dons du Dieu créateur. Dieu n’a pas créé mon prochain comme je l’aurais créé, moi. Il ne me l’a pas donné à titre de frère pour que je règne sur lui, mais pour que je trouve, à travers lui, le Créateur. Dans sa liberté de créature, l’autre devient pour moi un sujet de joie, alors qu’auparavant, il m’était une cause de fatigue et de souci. Dieu ne veut pas que je façonne l’autre selon l’image qui me paraît bonne, c’est-à-dire, selon ma propre image, mais, dans sa liberté par rapport à moi, Dieu l’a fait selon son image. Je ne puis jamais savoir d’avance à quoi ressemblera l’image de Dieu dans l’autre. […]
Dietrich BONHOEFFER, Ne pas juger in « De la vie communautaire »

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Péguy

(pour mémoire »)

« Nous ne demandons rien, refuge du pécheur,
Que la dernière place en votre Purgatoire,
Pour pleurer longuement notre tragique histoire,
Et contempler de loin votre jeune splendeur. »

 

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Une grille interprétative unique du monde

Encore Delphine Horvilleur, à propos de l’intégrisme:

Dans un système individualiste qui tolère peu les normes imposées d’en haut, certains individus (sont) comme poussés à en consolider de nouvelles, pour faire taire toutes leurs voix intérieures. La consolidation d’une identité unique qui veut dire le « tout » de l’être colmate à elle seule toutes les failles.
Le discours fondamentaliste remplit parfaitement cette fonction. Il promeut une grille interprétative unique du monde, et se prête merveilleusement à l’illusion d’une identité « intégralement » définie par un système, et donc intégriste. Le « je » soudain réunifié peut disparaître, phagocyté par le « nous » des dogmes et des codes. L’intégrisme (..) se perçoit dans la fidélité absolue à un système intact qui l’a précédé et doit lui survivre.

Cela peut sans doute se dire aussi comme suit: Dieu est parfait; il s’est révélé; il nous reste à appliquer ce qu’il a dit. La religion est alors faite d’un certain nombre d’affirmations et de faits sûrs, « carrés »: on sait, c’est clair, fixe, rassurant; vrai; invariable.

(Voir Delphine Horvilleur: « Comment les rabbins font les enfants » pp.15-16)

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Teilhard ! Le feu…

Au mariage du Prince Harry et de Meghan, Mgr Curry, évêque épiscopalien, cite Teilhard:

« Un jour, quand nous aurons maîtrisé les vents, les vagues, les marées et la pesanteur, nous exploiterons l’énergie de l’Amour. Alors, pour une seconde fois dans l’histoire du monde, l’homme aura découvert le feu » 

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Le baptême: faire partie d’un « nous »

Delphine Horvilleur écrit, au début de son livre « Comment les Rabbins font des enfants »:

Nul ne peut se développer sans un ancrage culturel. Il faut que l’enfant qui se développe fasse partie d’un « Nous » avant de pouvoir dire « Je ».

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La vue est un sens tyrannique

« La vie n’est pas un flux d’images ininterrompu. Dès que nous battons des paupières, nous nous apaisons automatiquement.

La vue est un sens tyrannique. Mais si nous fermons les yeux nous reprenons le contrôle de notre esprit.
Nous ne pensons jamais à fermer les yeux, parce que nous avons peur de perdre un peu du spectacle de la vie… Pourtant il le faut.D’ailleurs nous clignons régulièrement des yeux. C’est comme du montage cinéma, c’est nécessaire pour séparer les scènes. Quand vous parlez à quelqu’un et que vous tournez la tête pour vous adresser ensuite à quelqu’un d’autre, votre cerveau (..) sépare les deux scènes par un battement de paupières qui fait comme un changement de chapitre. Une « respiration ». (..)
Lorsque nous clignons les yeux, nous avons un infime repos de un dixième de seconde.

Quand nous dormons (..) ce vide attire le plein, un film imaginaire intégral peut être diffusé à l’intérieur de notre crâne. Car notre cerveau a toujours besoin d’images. Puisque durant le sommeil il en est privé, il fabrique son propre cinéma en mélangeant celles qu’il a déjà enregistrées.(..) Le cerveau ne supporte pas de ne pas penser.

Bernard Werber, le sixième sommeil, roman – pages 70-71.

(« For What It Is Worth » = « A vous de juger ce que cela vaut ! »)

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Apprendre rapidement…

Dans combien de temps, désormais, aurons-nous des
machines plus intelligentes que les humains ? Dans combien de
temps le cerveau humain pourra-t-il puiser dans une mémoire
inorganique ? Dans combien de temps maîtriserons-nous
suffisamment les nanotechnologies pour produire en abondance
une matière et une énergie quasiment gratuites ?

L’essentiel n’est d’ailleurs pas là. L’essentiel est que la plupart
des entrepreneurs de l’économie numérique agissent comme s’il
était évident que tout se passera plus vite que prévu. Dans leurs
choix d’organisation, dans leurs méthodes de management,
dans leurs règles de conception de leurs produits, ils ne laissent
aucune place aux certitudes ni aux conformismes. Ils ne
recrutent pas des dirigeants pour ce qu’ils savent, mais
recherchent des innovateurs capables d’apprendre rapidement
et d’agir dans l’incertitude.

(..)

On a parfois le sentiment qu’avec cette multiplication des
processeurs et les évolutions d’Internet, la société se réorganise
autour des systèmes d’information plutôt que de les mettre à
son service. Cela perturbe les organisations, renvoyées au rang
de corps intermédiaires parfois inutiles, et sollicite sans doute
une redéfinition du rôle des États.

(..)

L’innovation est permanente parce que, comme l’avaient déjà
souligné Georges Nahon et Didier Lombard, nous sommes
entrés dans une ère où l’innovation se joue par hybridation de
couches technologiques variées. Pendant des décennies, la
sphère « informatique n fut en effet constituée de strates assez
étanches : l’électronique, les systèmes d’exploitation, le logiciel.
La vague d’innovation actuelle se joue désormais de ces strates
et teste toutes les combinaisons possibles. Les technologies de
l’information et de la communication ne sont d’ailleurs pas
seules concernées. Dans leur traité de stratégie militaire « La
Guerre hors limites“, deux colonels de l’armée de l’air chinoise,
Qiao Liang et Wang Xiangsui, font le même constat. À leurs
yeux, ce ne sont plus les ruptures technologiques qui fondent les
progrès stratégiques, mais, désormais, les évolutions des
systèmes d’armement et les changements dans les manières de
combiner les technologies.

Nicolas Colin et Henri Verdier: L’âge de la multitude.

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